Un trophée continental d’un côté, une guerre de mots de l’autre. Le sacre des Lionnes Indomptables n’a pas éteint le duel entre Samuel Eto’o et le Pr Mathias Éric Owona Nguini. La longue lettre publiée par le président de la Fecafoot a relancé les hostilités.
La lettre qui a remis le feu aux poudres
Le 18 août, au lendemain du retour triomphal des Lionnes à Yaoundé, Samuel Eto’o publie un long texte sur ses réseaux sociaux. Le point de départ est une photo d’une joueuse enlaçant un jeune supporter. Le ton, lui, n’a rien de festif. Le président de la Fecafoot y promet de ne jamais cesser de se lever contre « ceux qui veulent nous imposer leur médiocrité ».

Suivent des attaques sans destinataire nommé, mais parfaitement lisibles pour l’opinion camerounaise : des personnes dont la fortune resterait intraçable, des hommes sans parcours, sans bilan et parfois sans véritable CV, accusés de vouloir briser les rêves d’une génération pour protéger leurs positions. Le texte se referme sur une formule d’apaisement, le Cameroun est plus grand que nous tous, et une pensée adressée au président Paul Biya.
Dans la foulée, une seconde publication écarte toute idée de confrontation publique avec un universitaire qu’il ne cite jamais. Eto’o y explique qu’un débat n’aura pas lieu parce que les deux hommes ne se situent ni au même niveau de responsabilité, ni dans le même registre, et qu’il préfère construire, servir et transmettre.
Aux origines du conflit, l’échec du Mondial 2026
Tout part du 13 novembre 2025. Battu par la RD Congo, le Cameroun rate la Coupe du monde alors que l’Afrique disposait de dix places. Le 14 juin 2026, sur le plateau d’Info TV, Owona Nguini accuse la Fecafoot d’avoir saboté le travail de Marc Brys, évoquant des stages bâclés et des équipements manquants.

La réponse tombe le 19 juin. Dans une mise au point signée de son département communication, la fédération qualifie ces accusations de contre-vérités, affirme avoir entièrement joué sa partition et exhume une correspondance du 4 juin 2024 dans laquelle elle alertait déjà le ministère sur les écarts du sélectionneur belge. Pour l’instance, le dossier est clos. Il ne l’est pas.
Owona Nguini ne lâche rien
L’universitaire maintient l’intégralité de ses critiques et met en garde la fédération contre toute tentative de le faire taire. Son angle d’attaque se déplace alors vers les compétences de gestion : selon lui, un palmarès de joueur ne suffit pas pour diriger une institution, et le président fédéral devrait se former à l’administration du football.

Eto’o, de son côté, avait déjà ironisé sur le fait que « l’illettré » ait résolu en deux mois ce que de grands professeurs n’avaient jamais réglé. Après la lettre du 18 août, la riposte du vice-recteur reprend le même vocabulaire retourné, et il avait auparavant balayé le sujet en assurant que le patron de la Fecafoot était le dernier de ses soucis.
La querelle a aussi débordé sur le terrain privé. L’universitaire reproche publiquement à Eto’o de s’être immiscé dans un conflit familial de succession ouvert après le décès de son père, Joseph Owona, ancien secrétaire général de la présidence. Un terrain que la Fecafoot n’a jamais commenté officiellement.
Le trophée des Lionnes, nouvel épicentre des tensions
Le 16 août à Rabat, les Lionnes Indomptables battent le Malawi 3-0 et décrochent la CAN féminine. C’est le premier grand titre obtenu sous la présidence d’Eto’o depuis son élection en 2021, et il arrive au moment où sa gestion est la plus contestée.

Sauf que la célébration a viré au bras de fer institutionnel. Par courrier du 18 août, la Fecafoot sollicite une audience pour présenter le trophée au ministre des Sports. Dès le lendemain, Narcisse Mouelle Kombi oppose une fin de non-recevoir, rappelant que la prérogative de recevoir les championnes revient au président de la République. Des analystes estiment que le ministère a répondu à une question qui ne lui était pas posée.
L’avis du spécialiste Cédrick Aimé Guelang
Cette lettre n’est pas un coup de sang, c’est un calcul. Eto’o publie au sommet de sa courbe de popularité, quarante-huit heures après un titre continental, quand la rue lui est acquise et que ses contradicteurs passent pour des rabat-joie. En refusant de nommer Owona Nguini, il évite le débat contradictoire tout en gardant le bénéfice de la punchline. Le problème, c’est que la CAN féminine prouve qu’avec du temps Eto’o peut réaliser des grandes choses. Cédrick Aimé Guelang
FAQ
Que contient la lettre de Samuel Eto’o ?
Publié le 18 août 2026, le texte défend la valeur du travail et de la réussite, dénonce sans les nommer des détracteurs jugés sans bilan ni parcours, et rend hommage aux Lionnes ainsi qu’au chef de l’État. Le président de la Fecafoot y affirme qu’il ne se taira pas.
Pourquoi Owona Nguini s’oppose-t-il à Eto’o ?
Le vice-recteur de l’université de Yaoundé II met en cause la gouvernance de la fédération et sa part de responsabilité dans la non-qualification des Lions pour le Mondial 2026. La Fecafoot réfute ces accusations et invoque une responsabilité partagée entre tous les acteurs.
Un débat public entre les deux hommes est-il possible ?
Non, à ce stade. Samuel Eto’o a explicitement écarté cette hypothèse, estimant que les deux hommes n’occupent pas le même niveau de responsabilité. Les échanges continuent donc par réseaux sociaux et médias interposés.
Joue avec modération. Aucun pari n’est garanti gagnant.