Il y a des matchs qui changent une vie. Pour Josimar José Évora Dias, tout a basculé en 90 minutes, sous les lumières d’Atlanta.
Lundi soir, le Cap-Vert disputait son premier match de Coupe du monde. En face, l’Espagne. Deuxième nation mondiale, habituée aux finales, aux trophées, aux lumières. En face aussi, 500 000 Cap-Verdiens qui retenaient leur souffle à 5 000 km de là.
Et dans les buts, un homme de 40 ans dont personne ne parlait il y a une semaine.
Le mur qui n’aurait jamais dû exister
On l’appelle Vozinha. « Grand-mère » en créole cap-verdien. Un surnom hérité d’un autre temps, d’un autre football. Josimar n’est pas né dans un centre de formation espagnol. Il a grandi entre les îles, jonglant entre Batuque, Mindelense, un passage en Angola, en Moldavie, en Slovaquie, en Grèce. Des clubs dont on ne retient pas les noms, mais qui forgent les hommes.
Il y a encore un mois, il gardait les cages de Chaves en deuxième division portugaise. Aujourd’hui, il tenait tête à Pedri, à Ferran Torres, à Oyarzabal.
Dès la 12e minute, il a plongé sur une frappe à bout portant. Puis il a repoussé une reprise acrobatique qui prenait le chemin de la lucarne. En seconde période, il a sorti une tête à bout portant d’un réflexe qui a laissé le stade sans voix. Sept arrêts. Zéro but encaissé. L’Espagne a tiré 27 fois. Le score est resté 0-0.
Le Cap-Vert tenait son premier point en Coupe du monde. Et Vozinha tenait son rêve.
Les larmes d’un homme qui n’a jamais abandonné
Au coup de sifflet final, il s’est effondré. Pas de poing levé, pas de course vers les caméras. Juste des larmes.
« J’ai grandi avec mes grands-parents. Ils ne sont plus là. Ils étaient tout pour moi », a-t-il murmuré après le match. Sa mère non plus n’était pas dans les tribunes. Une histoire de visa, d’argent, de délais trop courts. Elle a regardé le match depuis Mindelo, à des milliers de kilomètres.
Pourtant, c’est elle qu’il a remerciée en premier. C’est pour elle, pour eux, qu’il a tenu debout pendant 90 minutes face à l’une des meilleures attaques du monde.
Du jour au lendemain, l’anonymat a disparu
Avant le match, son compte Instagram comptait 56 000 abonnés. Le lendemain matin, il en avait plus de 5 millions. Les journaux espagnols titraient « Le mur de Vozinha ». Les enfants du Cap-Vert collaient son nom sur leurs cahiers.
À 40 ans et 12 jours, il est devenu le troisième gardien le plus âgé à garder sa cage inviolée en Coupe du monde. Mais les statistiques ne racontent pas tout. Ce que les gens retiendront, c’est cette image : un homme en pleurs, un drapeau bleu et blanc sur les épaules, qui réalise enfin ce que des générations avant lui n’ont fait que rêver.
« J’ai travaillé toute ma vie pour ce moment », a-t-il dit. « Aujourd’hui, le rêve est devenu réalité. »
Et pour le Cap-Vert, l’histoire ne fait que commencer.